Cette semaine, j’ai découvert Agri Court. Coup de chance : l’association organisait Mercredi son assemblée générale au Campus de l’Ecosite d’Eurre dans la Drôme. J’y suis allé, j’ai appris plein de choses, rencontré des gens intéressants et très bien mangé : petit aperçu documenté de cette association qui oeuvre à la relocalisation de l’économie alimentaire.

La proposition d’Agri Court

Créé fin 2011, l’association a pour mission d’organiser la logistique de circuits-courts sur les produits frais auprès de la restauration collective et pour des regroupements de particuliers dans le territoire de la Vallée de la Drôme.

Agri Court circuit court restauration Drôme

Source de l’image : site d’Agri Court

Vous savez peut-être que le département de la Drôme se singularise par l’importance de sa production agricole biologique : c’est le territoire qui compte la plus grande proportion de fermes en agriculture biologique. C’est aussi un territoire avec la flore la plus diversifiée de France.

« Ce projet sort d’une expérience que j’ai vécu pendant des années en tant que président d’une restauration scolaire. Même dans la Drôme, on n’ arrivait pas à trouver des produits locaux pour la cantine. »  Graham Whittington, fondateur d’Agri Court.

Un projet éthique, écologique et marchand

En livrant toutes les structures, sans frais de livraison, y compris les plus petites, l’association fait exister une solidarité entre grands et petits acteurs.

L’association facilite effectivement les relations entre une petite centaine de producteurs agricoles de la Drôme (fruits et légumes, produits laitiers et viande principalement) et les services de restauration d’écoles, de crèches ou de groupements de particuliers.

L’objectif est de valoriser les productions locales en agriculture biologique et de réduire le nombre de kilomètres parcourus par les aliments (frais surtout, car la production de pâtes ou de riz a lieu en dehors du département).

Début 2015, Agri Court clôture son 3ème exercice. L’année 2014 a été marquée par la  croissance : quand la taille d’une organisation change rapidement, l’adaptation doit être permanente et cela suppose une certaine agilité. Ce qui ne va pas sans heurts.

L’enjeu de cette réunion portait sur le bilan 2014 et sur le choix du passage du statut d’association à celui de SCIC, notamment pour pouvoir rassembler dans la gouvernance toutes les partis prenantes du projet (salariés, bénéficiaires et contributeurs).

L’association a bénéficié de 3 années d’accompagnement et de quelques milliers d’euros subventions de la région Rhône Alpes. Le résultat est passé positif en 2014.

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Les effets bénéfiques du modèle

Les principaux métiers d’Agri Court sont l’achat, la revente et la livraison de produits frais, au même titre que d’autres opérateurs du secteur, avec quelques différences remarquables :

  • pas de stock (le flux tendu garanti l’impossibilité du gaspillage et la fraicheur/cueillette à maturité des produits frais)
  • produits uniquement locaux (donc naturellement de saison)
  • excellente traçabilité (contact direct et régulier avec les producteurs)
  • transparence des tarifs (fixés par les producteurs, et non par des cours, et basés sur la réalité de la production)
  • desserte de petits clients
  • produits majoritairement issus de l’agriculture biologique

Les producteurs avec lesquels Agri Court travaille ont leurs propres débouchés. Chaque semaine : c’est la valse des contacts avec les producteurs, captés et rediffusés vers un réseau de clients. Les commandes peuvent être passées en ligne.

Les professionnels de la restauration collective envoient leurs souhaits, ceux-ci sont transmis aux producteurs. Agri Court anime donc un dialogue entre les deux maillons de cette chaîne alimentaire. C’est là où je me dis qu’il y a plein de choses à faire en utilisant Internet (documentation des métiers et de leurs activités, plateforme de dialogue entre producteurs et consommateurs sur l’alimentation, les légumes, l’élevage, les contraintes de l’agriculture, les souhaits des restaurateurs et des consommateurs) !

Dans cette direction, une petite recherche sur le web laisse penser qu’il y a des choses à explorer sur Building the C in CSA (smallfarms.cornell). La mission de Foodroutes.org également : National coordinators of the Buy Fresh Buy Local Chapter Network – working together to rebuild local food systems.

Les contraintes du métiers d’Agri Court sont liés à la logistique (le modèle de flux tendu  rend la vérification de la qualité des marchandises difficile) et aux aléas climatiques. Il arrive que le producteur livre lui-même le client. L’importance de la rigueur, de l’écriture des procédures et de leur révision a été souligné.

Le risque est lissé par des relations avec plusieurs clients et plusieurs fournisseurs sur le territoire.

Quand un établissement achète chez Agricourt, il participe à une dynamique du territoire, soutient l’emploi local et diminue le bilan carbone lié au transport. Cela pose donc la question de l’utilisation de modèles comme Agri Court comme argument commercial auprès des consommateurs finaux. Le sujet n’a pas été abordé à l’AG mais j’essaierai de leur poser la question.

Matthias Heim, responsable logistique, nous a indiqué qu’Agri Court couvre les besoins annuels de 400 consommateurs (calcul fait sur la base d’1 personne consommant 180 kg de fruits et légumes – y compris les pommes de terre – chaque année).

84% des approvisionnements d’Agri Court proviennent de l’agriculture biologique. Les 16% issus de l’agriculture conventionnelle sont essentiellement de la viande et des fruits (les pêches et les abricots, cultures phares de la Drôme, sont très sensibles, et encore très difficiles à trouver en agriculture biologique).

Passer en Société Coopérative d’Intérêt Collectif

Après un excellent repas proposé par Stéphane Fleuriot – traiteur installé à Saillans et travaillant principalement avec des produits locaux – Clémence Charreau de l’URSCOP  (Fédération de SCOP et SCIC en Rhône Alpes) est venue présenter cette forme de coopérative de production. La SCIC est une entreprise collective (SA, SARL ou SAS) au sociétariat nécessairement multiple. Elle est régie par la primauté de l’humain sur le capital. Une personne dispose d’une voix, mais il est possible d’organiser des collèges  permettant de pondérer les voix.

La SCIC offre l’avantage de réunir une diversité importante de parties prenantes dans la gouvernance de l’entreprise : les salariés, les bénéficiaires et les autres (collectivités, partenaires, membres de soutien).

La SCIC est un organisme à lucrativité limitée : 50% des bénéfices vont nécessairement en réserve impartageable.

Depuis 2001, il existe en droit français une possibilité pour les associations de se transformer en SCIC (avec continuité de la personne morale).

En dessert, la Carline

Le Directeur Général de la Carline était invité à venir présenter le parcours de sa structure, passée d’association à SCIC.

Créée en 1989, la Carline a commencé en tant que groupement d’achat pour proposer une offre – avant gardiste – en produits issus de l’agriculture biologique dans le Diois.

Avec 130 familles en 1990, la Carline dessert aujourd’hui plus de 1000 familles, dispose d’un magasin depuis 2003 (dans la ville de Die), date à laquelle le premier salarié a été embauché, et réalise un chiffre d’affaire de 1,2 million d’€. 1/3 de l’offre provient de la Drôme. 1/2 provient directement du fournisseur.

Ce sont le besoin de financement et le besoin de gérer la croissance qui ont poussé à la transformation en SCIC. La création du poste de Directeur général a été permise par  cette transformation.

La Carline, est une plante bisannuelle emblématique du Vercors. C’est un chardon dit accaule, c’est à dire sans tige pour résister à la dureté du climat montagnard. La carline est un grain de sable indispensable pour re-localiser l’économie alimentaire. Tous les jours, la carline oeuvre pour rebattre les cartes de l’alimentation tant perturbées ces dernières décennies… Que les carlines fleurissent, semons l’esprit carline !
Source : dromeardeche-solidaires.org

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